Haïti: une grande manifestation contre la corruption et l'impunité ce 17 octobre

GLOBE ÉCHOS | 18/10/18 18:55

Une grande manifestation s'est déroulée contre la corruption et l'impunité ce 17 octobre en Haiti. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans des villes d'Haïti. Et une majorité de contestataires ont exigé la démission immédiate du Président Jovenel Moïse, bousculé lors d'une cérémonie officielle plus tôt dans la matinée au Pont Rouge.

Après le départ des autorités du Pont-Rouge, où elles sont allées déposer une gerbe de fleurs sur le lieu où a été assassiné, le 17 octobre 1806, Jean-Jacques Dessalines, l'un des pères fondateurs de la nation haïtienne, beaucoup de tirs d’arme à feu, de jets de pierres et de bouteilles aux alentours de la place ont été remarqués par le correspondant de Globe Échos. Deux policiers blessés appartenant à l'Unité de sécurité générale du palais national (USGPN) et au Corps d'intervention et de maintien de l'ordre (CIMO) ont été aperçus mais le secrétaire d’État à la Sécurité Publique n’a pas confirmé cette information. Pour lui, ce sont des tirs en l’air.


Dans la capitale comme dans des villes de province (Cap-Haïtien, Gonaïves, Jérémie, Jacmel, Les Cayes…), plusieurs barricades ont obstrué le passage un peu partout. Les protestataires ont envoyé des messages hostiles à la classe politique, afin d’exiger la reddition des comptes sur le fonds Pétrocaribe estimée à 3.8 milliards de dollars dilapidés entre 2016 et 2018 dans le pays et, le départ du Président J. Moïse. Tels ont été les objectifs principaux de ces mobilisations.

De nombreuses casses ont été enregistrées durant cette journée qui se voulait pourtant pacifique, dans toutes les villes. Les manifestants accusent les agents des forces de l'Ordre qui, à plusieurs reprises, ont fait usage de gaz lacrymogène pour dissuader la foule.

« Les policiers ont tiré beaucoup de gaz lacrymogènes. Nous, les manifestants, avons tiré des pierres pour correspondre avec eux» déclare un manifestant.

Cette mobilisation a été émaillée de violences, notamment au Champs de Mars, quand policiers et protestataires s’affrontaient. Bien avant, en milieu de journée, des agents des corps spécialisés de la Police Nationale d’Haïti (PNH) ont dû faire usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui lançaient des pierres sur certains établissements hôteliers et commerciaux à Pétion-Ville.

Le Secteur Démocratique et Populaire, dans une note de presse, a salué le courage et la détermination du peuple haïtien. D'après cette note, la réussite totale de cette journée de mobilisation nationale traduit le rejet du Président Jovenel Moïse et de sa politique par la population.
 

«Jovenel Moïse est dépourvu de toute légitimité populaire. Il ne peut plus continuer à exercer le pouvoir politique. Il est évident que le maintien du Président Jovenel Moïse au pouvoir conduira le pays au bord du chaos » peut-on lire dans la note.


Après son passage au Pont Rouge dans la matinée, le président de la République Jovenel Moïse s’est rendu à Marchand Dessalines en vue de participer à la cérémonie officielle tenue en mémoire du libérateur de la patrie, assassiné le 17 octobre 1806. Dans son discours de circonstance, il a évoqué, entre autres, le dossier Petrocaribe qui, depuis des mois, créé une fièvre révolutionnaire a priori, chez une population voulant des explications sur la gestion critiquée de ce fonds. Comme en témoignent des mouvements de protestations dans plusieurs villes du pays ce 17 octobre, avec pour objectif de continuer à exiger un procès contre les dilapidateurs de ces 3,8 milliards de dollars. Le Président a déclaré que « Personne ne peut enterrer le dossier Petrocaribe. Depuis le 7 février 2017 [date de son investiture, NDLR], le combat contre la corruption est devenu le mien. Tous ceux qui ont utilisé l’argent de l’Etat pour faire fortune auront des comptes à rendre ».


Comme bilan partiel, le porte-parole de la Police Nationale Haïti, le commissaire Michel Ange Louis-Jeune, a confié que deux morts ont été enregistrés au cours de cette journée. Il y a eu 11 blessés par balle dont 5 dans le Nord, 5 dans l’Artibonite et 1 dans l’Ouest, auprès des manifestants. Sans oublier, 11 policiers ont été blessés dans des jets de pierres dont 9 dans le Nord et 2 dans l’Ouest. « Il y a 6 véhicules de la PNH qui ont été incendiés dont 5 dans le Sud et 1 dans le Sud Est. Deux autres véhicules de la PNH ont été endommagés. Deux autres véhicules non PNH ont été incendiés, respectivement dans l’Ouest et dans l’Artibonite. Et, la police a effectué 8 arrestations dont 3 dans l’Ouest, 1 dans le Sud-Est, 2 dans le Nord-Ouest et 2 dans le Centre.» a-t-il relaté aux journalistes.

Snayder Pierre Louis, correspondant Globe Échos en Haïti

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